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1er trim. 2016_fin


L’ANDALOUSIE  (info Philippe Droit)

Le cyclotourisme nous offre de faire du tourisme à vélo. Comme je suis adepte de l’un et de l’autre, c’est en Espagne que du 12 au 19 mars qu’il m’a été donné d’en faire.

J’avais déjà en 1998 et 2008 eu l’occasion de découvrir avec le VCBS ce pays lors de nos randonnées Chilly-Mazarin/Carlet et St-Jean-Pied-de-Port/Carlet. Cette fois c’est à l’initiative d’un globe-trotter orléanais et un groupe de cyclotouristes du club d’Ormes, que l’occasion m’est offerte de découvrir la province de Malaga, en Andalousie.

L’Andalousie trait d’union entre l’Europe et l’Afrique et le point de jonction entre l’Atlantique et la Méditerranée. Cette terre colonisée, au 6ème siècle avant J.C. par les Phéniciens puis les Carthaginois, puis conquise par Rome en 206 avant J.C., fut également entre le 8ème et 13ème siècle le principal foyer de la culture musulmane en Espagne. L’histoire retiendra peut-être grâce à « la lettre du VCBS » qu’au 21ème siècle après J.C., le maillot du VCBS a été aperçu sur (La Ruta-Del-Sol) remportée par le coureur Espagnol de l’équipe Movistar, Alejandro Valverde à trois reprises entre 2012 et 2014.

Contrairement au climat en cette période en Ile de France, ici l’hiver n’existe pas. Le thermomètre sur la Costa-Del-Sol et la Sierra de Las Nieves, affiche dans la journée entre 20° et 27°. La Costa-Del-Sol est, ce qu’est la Riviera en Italie ou la Côte-d’Azur chez nous. Le soleil, la mer, les belles plages, les restaurants, les bars, les discothèques, attirent toute l’année de nombreux touristes de toutes nationalités et l’été les peoples. C’est aussi le paradis des golfeurs. Dès que vous quittez le littoral vers l’intérieur des terres, la nature et ses villages blancs accrochés sur le flanc de la montagne se montrent dans toute leur splendeur. Ils illuminent les vallées reculées, vous offrant sur les hauteurs une vue sur un horizon qui se perd dans l’immensité bleue de la mer.

Découvrir un tel décor alors que 3h auparavant nous étions encore à Orly, c’est magique ! Merci Clément Ader précurseur de l’aviation... La hauteur ! C’est ce qui m’interpelle en découvrant la route nous menant en taxi vers notre port d’attache Mijas. La route s’élève et ne nous laisse aucun doute sur le terrain que nous allons pratiquer en vélo, les prochains jours.

Mijas est la commune la plus étendue de la province de Malaga. La localité se divise en 3 agglomérations réparties entre : Las Lagunas sur le littoral, la Caia située à 12 km de la côte, et sur les hauteurs, nichée sur la Sierra entre le Mont Pescadores et le Cello Del Moro, Mijas-Pueblo la vieille-ville réputée pour ses ânes-taxis. Ici la première étape de notre voyage s’achève, demain puisque nous sommes venus pour ça, nous pédalerons dans la Sierra de Las Nieves, qui sans nul doute nous réserve d’autres découvertes. Vamos la bicycleta !

Mijas dimanche 13 Mars, 7h du matin. Sur les hauteurs de la Sierra le soleil illumine déjà le Pescadores et la Sierra de Las Nieves. Par contre, depuis nos chambres, il nous prive de la vue sur le littoral enveloppé à cette heure matinale, par un voile maritime.

Notre 1ère sortie du séjour, s’intitule « A La découverte des villages Blancs ». Accrochés à la montagne, ils forment dans leur décor naturel de superbes paysages qui font la renommée de cette région Andalouse.

La sierra de Las Nieves, située à quelques dizaines de kilomètres de la côte, a la particularité d’être montagneuse et encaissée, avec des crêtes de plus de 1100m et des pics de plus de 1900m d’altitude. Son nom (montagne des Neiges), lui vient de l’époque arabe où l’on devait ramasser la neige au sommet des montagnes pour rafraîchir les boissons et conserver les aliments en état de fraîcheur. C’est une zone entourée d’espaces naturels sauvages, avec un parc écologique reconnu par l’Unesco, comme réserve de biosphère…

9h : dès la sortie de l’hôtel, notre mise en jambe commence par une montée de 500m à 10% ! Inutile de vous dire que pour franchir l’obstacle avec nos vélos de location équipés en 34X28, nous mettons tout à gauche. En haut, la route qui débouche sur une corniche vous offre un bref répit, et une superbe vue sur la Costa Del Sol et la Méditerranée. Au-delà, l’ascension du Pescadores se poursuit  sur un terrain en montagnes russes, et des montées à 7%. Cela nous donne l’occasion de vérifier que nous ne sommes pas dans les « Landes, » !...

Passé le Pescadores, la vue sur la sierra nous régale de superbes paysages naturels et authentiques. Les beaux villages blancs accrochés aux flancs de la sierra, illuminent avec leurs maisons peintes à la chaux, la région du Valle Del Guadalhorce (région administrative dans la province de Malaga, qui porte le nom de la rivière qui la traverse). 

A Alhaurin El Grande, la découverte sur notre itinéraire de ce village, préfigure le modèle des différents villages blancs que nous rencontrerons au cours de notre séjour. Ici par rapport à la côte,   l’atmosphère des lieux dégage à travers des ruelles étroites, une grande sérénité. Alignées les unes contre les autres ou imbriquées les unes dans les autres, les maisons se distinguent, par leurs décors fleuris agrémentés de jolies céramiques colorées. La lumière qui se dégage de l’uniformité de la couleur des façades, donne à l’ensemble architectural un véritable sentiment de pureté et de paix. Le passé y est aussi préservé, avec la conservation des traces de l’occupation par les Maures de la région. La porte du Cobertizo, qui faisait partie de l’enceinte fortifiée du village, en est ici un parfait exemple.

Cet exemple nous le retrouverons à Coin (ville de + de 20 000 habitants, chef-lieu du canton du Valle Del Guadalhorce), avec  l’église Santa Maria de la Encarnacion du 15ème siècle, bâtie sur l’ancienne mosquée dont elle conserve le minaret. Ou encore à Tolox qui, niché sur la chaîne de montagne du même nom, vous offre de soigner vos affections respiratoires grâce aux sources d’eau chaudes de son centre de balnéothérapie créé depuis 1867.

Au terme de cette  journée lumineuse passée dans la sierra de Las Nieves, si les villages blancs ne sont peut-être pas « le paradis », cela lui ressemble… Le compteur affiche 87 km, pour 1519m de dénivelé.

Le Tour de la Sierra de Mijas, nous offre une incursion dans deux univers différents. Ce n’est pas en soi une découverte puisque depuis notre pied-à-terre, nous avons la vue sur les hauteurs du Cerro Del Morro et ses antennes, et à nos pieds sur la côte et la mer.

Le Cerro Del Morro est un rendez-vous incontournable pour y admirer la sierra de Nevada et le détroit de Gibraltar, qui relie l’Atlantique et la Méditerranée. C’est aussi un terrain de jeu pour les cyclistes chasseurs de cols, les amateurs de Trail, et de VTT. Si admirer un panorama est plaisant, cela l’est moins lorsqu’il s’agit d’atteindre le sommet à la force des mollets ! Un conseil, préparez bien vos braquets… L’ascension débute à partir de Benalmedana à 19m d’altitude pour finir à 952m d’altitude avec des pentes entre 8 et 9% au départ, et les 5 derniers kilomètres, à hauteur de Mijas, entre 10 et 12% ! Il est rude le bougre !…J’avoue qu’à partir de Mijas, la montée m’a parue interminable et m’a fait regretter de n’avoir pas utilisé les services des « ânes-taxis », qui sont une des particularités du village de Mijas-Pueblo. Une fois au sommet, vous ne pouvez que rejoindre Mijas par le même chemin, ou redescendre en étant beaucoup plus performant jusqu'à la côte.

Sur la côte le contraste est saisissant ! L’agitation de la ville ainsi que du bord de mer, remplace la quiétude qui règne à l’intérieur des terres dans les beaux villages blancs.  A Benalmedana ou Torremolinos, l’âme et le pittoresque de ce qui était autrefois des villages typiquement Andalous n’existe pratiquement plus ! Le béton et la colonisation du littoral, par l’expansion sans précédent de l’urbanisation, a complètement transformé la Costa Del Sol ! Aujourd’hui cette côte, qui au fil des temps a suscité la convoitise et son occupation par les Phéniciens, les Romains et les Maures, n’a pas fini d’être envahie puisque, succès oblige, elle est devenue la destination fétiche préférée des touristes… 

 

La « Cote du soleil », dont le nom lui a été attribué depuis les années 1970, n’attire pas que les touristes. 46% d’Anglais, 17% d’Allemands y sont installés, attirés par le climat doux omniprésent toute l’année, le soleil, les plages et la mer. A ce titre la Costa Del Sol ne comporte pas moins de 140 plages sur les 190km de son littoral. A Torremolinos son espace maritime avec les plages de Bajondillo, Los Alamos, et Carihuela, forme sur des kilomètres de longues promenades où de nombreux commerces et restaurants font le bonheur des touristes, mais également le nôtre puisque profitant de notre passage, nous déjeunerons en bordure de la « Playa ». Elle n’est pas belle la vie…

Si, pour Jean Ferrat, « la mer est l’écume et le sable toujours recommencés au rythme des marées, le bleu et le vert où tombent les étoiles »… Pour Charles Trénet « elle danse le long des golfes clairs »… Pour nous, la Costa Del Sol, entre montagne et bord de mer, nous a offert sa diversité, et lors de notre retour à notre point de départ, la possibilité de rêver.

Aujourd’hui le compteur affiche 69km, et 1461m de dénivelé.

 La province de Malaga nous a d’ores et déjà offert de belles découvertes et nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Aujourd’hui nous allons, à la rencontre du parc naturel de Las Nieves et des gorges appelées ici : Garganta Del Chorro. L’étape étant plus longue que les précédentes, nous partons plus tôt avec pour échauffement l’inévitable montée à 10%, suivie du Pescadores que nous commençons à bien connaître !  

 Sur un terrain plus favorable, la Hoya De Malaga nous propose ses cultures de fruits, légumes et agrumes. Nous sommes ici dans ce que l’on nomme « Le Verger Bio de Malaga ». En remontant plus au Nord le cours du Rio Del Guadalhorce, la rencontre des villages de Catarma et Alora, nous donne une fois encore l’occasion d’admirer l’éclatante lumière qui se dégage des beaux villages blancs.

Vers Alora, le Cello De LasTorres (le château de la Tour) perché sur un éperon, surveille comme il l’a toujours fait du temps des Phéniciens, des Romains et des Maures, les envahisseurs. Il domine le village blotti sur les flancs du mont Hacho, qu’il nous faut affronter au prix d’un rude effort qui ne vous donne aucune envie « d’aller siffler sur la colline » ! Est-ce pour prévenir la population d’un danger, ou parce que j’étais selon l’expression « dans le rouge », il me semble dans Alora y avoir entendu les cloches sonner ?

 Ce village nous annonce aussi le Desfiladero De Los Gaitanes, plus connu sous le nom D’El Chorro, qui est un univers créé par les caprices de la nature. Le canyon aux parois vertigineuses dans lequel coule le Guadalhorce nous offre un spectaculaire et inattendu dépaysement. Nous ne sommes pas les premiers à apprécier les lieux, en effet, dans de nombreuses grottes découvertes sur ce site, la présence humaine y a été identifiée, grâce à des peintures rupestres de l’époque quaternaire.

 Si entre 2 et 4 millions d’années avant notre ère l’homme y a laissé sa trace, nous la retrouvons également présente au barrage du Guadalteba-Guadalhorce, construit entre 1901 et 1905 pour alimenter en eau et électricité Malaga. La construction de cet ouvrage nécessita également celle du Camino Del Rey, mondialement connu des randonneurs pour sa dangerosité.

En effet, marcher à flanc de montagne sur un chemin d’1m de large, creusé à même la paroi rocheuse et à plus de 100m du vide, doit procurer quelques sensations !!! Long de 3km le « Petit Chemin du Roi » a été créé, à l’origine, pour permettre aux ouvriers d’accéder au chantier du barrage. Au-delà de celui-ci, le Conde  avec sa retenue d’eau turquoise, vous propose de belles promenades, et sur son lac artificiel de bons moments de détente.

 

Si la détente est de prendre du repos, en arrivant à Ardeles, de vagues silhouettes gesticulantes perchées sur une crête nous font signe d’arrêter ! Ce sont des éoliennes qui, à défaut de château, veillent sur le village et le Parc Naturel de Las Nieves. Il est 13h45, alors après le plaisir des yeux que nous venons de vivre, goûtons à celui de mettre nos pieds sous la table. Avec le Rio Del Guadalhorce comme guide, Los Gaitanes, El Chorro, le Camino Del Rey, la Province de Malaga nous a véritablement fait partager une très belle journée. L’étape du jour affiche 123km, pour 2040m de dénivelé.

Sur la Costa-Del-Sol le soleil nous annonce, en ce début de matinée, une excellente journée. Ce n’est pas un scoop puisqu’ici en bordure de la méditerranée, il fait beau généralement 330 jours par an. C’est d’autant plus heureux pour nous qui avons rendez-vous aujourd’hui avec une belle Andalouse, du nom de Marbella.

 Ah Marbella ! Qui n’a pas entendu parler de tes soupirants parmi lesquels : les stars du cinéma, les princes, les milliardaires et les fêtards, tes admirateurs… Aujourd’hui puisque l’occasion nous en est donnée, laisse nous simplement profiter de tes charmes. 

 Si un départ est le fait de partir ou de débuter quelque chose, celui du jour avec une nouvelle fois la montée du Pescadores, me donne à penser que ce terrain est notre « chemin de croix » quotidien ! Mais comme pour rejoindre Marbella, il faut passer par là, nous faisons contre mauvaise fortune bon cœur… Sur l’autre versant du Pescadores au rond-point des routes de Mijas, Alhaurin, Coin, le château au style Mauresque posé sur son monticule comme un point de repaire, nous est devenu familier. Il nous incite à changer de « coin » en prenant cette fois la direction de Monda, et du Puerto De Ojen, situé entre la Sierra de Mijas et celle de la Blanca.

Le Puerto De Ojen sur 17,2 km s’élève à 557m d’altitude. Son profil vous offre des passages entre 4,5% et 5,5%, et même 7,9% et 9% sur 2 m à partir d’Alhaurin El Grande. J’avais cru conquérir Marbella facilement, et bien j’ai déchanté car la belle Andalouse ne se donne pas, elle se mérite !...En récompense, le Puerto nous offre depuis son belvédère, une jolie vue sur la sierra de la Luna, et cerise sur le gâteau de conquérir Marbella, cette fois sans effort, autre chose que de choisir comment l’aborder ? Par la voie directe et rapide, ou via Ojen par l’ancienne voie romaine, qui dit-on, est « la destination des amoureux de la nature ».

 Sans faire offense à Marbella, Ojen ne manque pas de charme. Le village niché sur le flanc de la sierra diffuse la même clarté qui caractérise tous les villages blancs rencontrés depuis notre arrivée en Andalousie. Proche de la mer, Ojen, avec ses orangers et ses pinèdes, vous offre tout à la fois de beaux panoramas, et la notoriété d’un village reconnu pour la fabrication de « L’Arguardiente ». L’Arguardiente est un breuvage qui n’est pas classé, malgré la présence des sources qui jaillissent dans le village, dans la catégorie des eaux-minérales ou thermales ! D’origine Colombienne « l’eau-ardente » se consomme « comme une eau-de vie » dans le café ! Eau de source, eau de vie, n’est-ce pas ce qui symbolise le bien être en ce monde ?...

Ojen est aussi pour vous Mesdames, un instant romantique pour rendre hommage à l’homme « Julio Iglesias » qui avec : « vous les femmes, vous le charme… » illustre en chanson toutes vos qualités, puisqu’il y possède ici même une résidence, nommée « 4 lunes »…Pourquoi 4 ?

 Cette fois nous y sommes ! Aucun doute n’est possible puisque à l’entrée de la ville, le nom de Marbella trône en grosses lettres comme un « arc de triomphe ».

Sur la Costa Del Sol, sa réputation est décrite comme la station balnéaire de référence et la destination de voyage des riches et du show-biz l’été ! Certes les beaux quartiers résidentiels, les hôtels, les commerces, dont ceux des plus grandes marques du luxe, les casinos, les golfs pour le bonheur des amateurs de ce sport, son port de plaisance, les boîtes de nuit sophistiquées,… lui confère d’être une ville « Bling, Bling »!

Mais, elle n’est pour autant pas que cela. C’est aussi à deux pas de la croisette et de sa promenade maritime, des ruelles étroites fleuries avec au sol des petits galets en guise de mosaïque, de belles places verdoyantes, des maisons blanches aux balcons décorés, des fontaines, qui vous donnent le plaisir d’y découvrir en flânant, l’âme et le cœur de son ancienne ville.

 Comme le reflet d’un miroir vous donne votre image, Marbella a la sienne. Adorée par les uns, critiquée par les autres, elle n’en est pas moins, attrayante… A chacun sa vérité. 

Le compteur affiche 86 km, pour 1860m de dénivelé.